20/02/08

  • 2001 Apprendre le modélisme naval éditions le Chasse-Marée.




  • 2003 Bateaux en bouteille manuel pratique du débutant éditions Ouest-France





  • 2006 guide du modélisme naval éditions Chasse-Marée

18/02/08

La folle poursuite


As-tu connu le Mineiro* ? Hourrah mes boués !!
Ce clipper est un bon bateau, tralalala lalala lala !!!
Il fut la route de Rio………. Et s’arrête à Valparaiso
Oui ! En France on a armé des clippers un peu plus petits que ceux d’outre Manche ou ceux d’Atlantique. Néanmoins, ils se montraient aussi rapides et doublaient également le Cap Horn. C’était l’époque du guano des côtes chiliennes, cet extraordinaire engrais composé de déjections d’oiseaux de mer, plus tard remplacé par le nitrate. C’était aussi le café du Brésil. On se lançait des défis entre capitaines, travaillant sur les clippers blancs de chez Théodore Barbey, marqués TB sur le hunier de misaine, ou sur ceux de la ligne de Rio…
Des défis insensés où l’on gardait toute la toile quelque soit le temps avec les risques énormes de démâtage.
En 1851, un voyageur embarqué sur le Mineiro assista à une poursuite après un clipper blanc, Chincha faisant route comme le Mineiro sur Rio. Folle poursuite, car tout le monde subissait la rage du capitaine du Mineiro, rage vaine puisque le Mineiro, quoique bon marcheur ne put jamais rattraper le Chincha.
Le récit de cette poursuite figure dans le superbe ouvrage de Mr et Mme Briot : « Clippers français » édité au Chasse Marée. J’ai illustré à ma manière ce récit dans une bouteille triangulaire de 4,5L, et pour corser le tout, j’ai mis en bouteille le Mineiro le 31 décembre 1999, et le Chincha le lendemain. Pour ce changement d’année historique, exceptionnellement je n’avais pas commis d’excès compte tenu de la tâche qui m’attendait. Mais le changement de millénaire se faisant l’année suivante, j’ai réédité l’exploit sur un modèle plus simple devant quelques témoins (quelques amis que j’avais invités cette nuit du nouvel an). A ma connaissance il s’agit d’un exemplaire unique d’un bateau mis en bouteille sur deux millénaires.


*Chant à hisser du temps des clippers français

City of Inverness


Ce quatre mâts carré fut construit en 1877 à Glasgow pour l’armement R.et J. Craig, plus tard regréé en quatre mats barque. En 1911, il fut vendu comme ponton en Argentine. Pour combler les vides causés par les sous-marins allemands pendant la guerre de 14-18, il fut regréé et navigua sous pavillon français sous le nom de Carmen. En 1920, il fut transformé en vapeur puis vendu à un armement estonien qui l’appela Nemrac.
En 1940, il devint italien et changea encore de nom : Amicizia.
En 1945, il fut coulé à Hambourg lors d’un bombardement, et ce n’est qu’en 1947, alors qu’il avait 70 ans qu’il fut renfloué puis démoli.
Pas de doute, à l’époque on construisait solide, en France le Belem est un autre exemple de remarquable longévité puisque lancé en 1896, il navigue encore.
J’ai choisi de construire ce voilier à cause de son gréement de 4 mats carré, relativement fréquent en Angleterre, à cette époque, mais peu fréquent en France. De plus, un ami m’ayant offert un morceau d’ébène, c’était pour moi l’occasion d’essayer un nouveau matériau. J’ai donc taillé la coque avec l’ébène, le gaillard, la dunette, les roofs, canots, et autres apparaux de pont ont été réalisés en os de bœuf, matériau que j’utilise couramment pour réaliser des bijoux inspirés des scrimshaws des baleiniers. Le pont du voilier a été découpé dans du placage de bois à grain fin, d’une chute récupérée chez un ami ébéniste. Depuis, j’ai réalisé d’autres bateaux en utilisant de tels matériaux. Je pense que par la suite, le Belem, vu ses couleurs, pourrait bien se prêter à un tel travail. Faute d’ébène, j’ai trouvé en Irlande du chêne fossilisé dans les tourbières, appelé bog-oak. Même densité, même grain, et j’ai un stock assez important. Encore un beau projet pour l’hiver
Photo 668 Thomas Lawson
Des voiliers avec un gréement étrange il y en eut et celui-là effectivement est une exception, c’est le seul voilier ayant gréé sept mâts, comment les appeler, la notion d’artimon et de misaine n’existe plus, on les appelait comme les jours de la semaine : lundi mardi mercredi……et dimanche. Cette goélette à sept mâts, absolument inélégante, s’appelle Thomas Lawson. C’est un voilier qui transportait du pétrole, on en a eu en France comme le quatre-mâts Quevilly. Là c’est une goélette qui n’a pas pu faire une traversée complète de l’Atlantique puisqu’elle s’est perdue par échouage sur les côtes des îles Scilly en 1911.
Il peut paraître étonnant qu’un voilier de près de 126 m le long même gréé en goélette n’ait eu qu’une quinzaine d’hommes d’équipage. Il est vrai qu’on en manquait à cette époque où l’on préférait naviguer un peu plus confortablement sur des navires à vapeur. Or c’est précisément la vapeur qui allait donner un sursis à ces grandes goélettes à 5,6,ou même 7 mâts pour hisser ces énormes voiles à corne, on utilisait des treuils à vapeur. C’est ainsi que certaines de ces goélettes ont survécu jusqu’aux années 30. Thomas Lawson, malgré son grand déficit sur le plan de l’esthétique, était un modèle unique, ce qui pour moi était une raison suffisante pour la mettre en bouteille. J’avais déjà mis une « Thomas Lawson » en bouteille à bord de « la Fleur de Lampaul » en escale à Douarnenez, lors du tournage d’une émission « jeunes marins reporters » pour la télévision (la cinq).
La mise en bouteille d’un tel voilier ne présente guère de difficultés, vu l’absence de voiles carrées. Le plus difficile est tout de même de trouver une bouteille d’une longueur et d’une hauteur suffisante.
Dans ce cas il s’agissait d’une bouteille de 3L de vodka irlandaise dont je ne fis jamais usage. Je préfère les malts écossais de la Speyside ou de Campbelltown, ou alors les Blackbush, les Redbreast, et les vieux Jameson de ma seconde patrie, l’Irlande, et encore sans trop en abuser si l’on ne veut pas mettre un naufrage en bouteille. Ma devise n’est-elle pas : « qu’importe l’ivresse pourvu qu’on aie le flacon ! »

Alice, trois mâts carré


« Ceux qui reviendront pavillon haut
Good bye farewell… c’est premier brin de matelot … » Chant à virer.
Après des mois de souffrances endurées, la rencontre avec le pilote était le moment le plus attendu : premier contact avec ceux qui étaient restés au pays en attendant le mettre pied à terre, pour la première bordée, les retrouvailles dans les auberges à matelots, chez les hôtesses…
Voici donc un trois mâts carré qui s’apprête à prendre son pilote, effectivement ici nous sommes tout près des côtes, on aperçoit un feu au loin. Alice a été construite chez Dylé et Bacalan à Bordeaux. C’est un trois-mâts carré, il est le seul bateau à avoir gréé des contre-cacatois en France, à savoir sept voiles carrés par mât.
Il appartenait à la Société des Voiliers Nazairiens et portait 3250 tonnes en lourd. Il était de taille légèrement supérieure aux autres voiliers nantais construits à cette époque et portait une surface de voilure beaucoup plus importante : 3200 m_ contre 2600 m_. Quatre autres voiliers furent construits sur ce type mais sans les contre-cacatois. Alice n’eut pas une carrière heureuse et ne fit jamais de belles traversées. Echouages, ripage de cargaison, et retards importants dûs à du très mauvais temps, avaries de gréement émaillèrent sa carrière qui s’acheva le 15 janvier 1909 lorsqu’elle vint s’échouer dans la baie de Long-Beach, état de Washington, sur la côte ouest des USA, et fut mise en pièce par des vagues énormes. L’équipage fut sauvé au prix d’immenses difficultés.
Pour réaliser Alice, j’ai choisi une superbe bouteille de 4,4L de whisky ramenée par un ami au cours d’une cure thermale en Ecosse*.
Un tel flacon me permettait de réaliser un trois mâts à contre-cacatois relativement bien proportionné et de faire une scène complète avec le phare et le cotre-pilote à la manière des « germaines », maquettes en demi-coques avec voiles de bois sculptées, encadrées et vitrées comme des tableaux en relief avec souvent un phare, un bateau pilote ou un remorqueur voire un autre voilier représenté plus petit. La plupart de ces « germaines » était réalisée à bord des longs courriers au temps des cap-horniers. Il m’est arrivé à plusieurs reprises d’en restaurer pour des collectionneurs.


* Bien sûr, il faut de l’eau pure pour élaborer les whiskies les plus raffinés, çà va de soi. Alors une cure thermale, pourquoi pas ?

La perte de l’Antoinette sur la plage de Tréguennec (29)


Lancé en 1902, le voilier Antoinette avait la particularité d’être gréé en trois-mâts goélette, gréement peu courant pour un long courrier. En janvier 1912, il taillait péniblement sa route par gros temps, tiré par le remorqueur anglais Warrior, destination l’Angleterre pour charger du phosphate, puis pour faire route sur la Martinique, il passait devant les côtes bretonnes et au large de la baie d’Audierne, le temps devenant franchement mauvais, le remorqueur largua traîtreusement le trois-mâts Antoinette le laissant à son triste sort et malheureusement étant donné le temps ne pouvait pas manœuvrer comme il convenait. Ne pouvant pas se rendre à l’abri de Douarnenez, il dut faire côte et s’échoua le 6 janvier sur la plage de Tréguennec en baie d’Audierne. L’équipage fut sauvé car un va-et-vient fut installé pour pouvoir tirer les hommes de cette fâcheuse position et les réconforter dans une auberge à proximité. Témoin privilégié du naufrage, le peintre Julien Lemordant que l’on voit ici en train de peindre la scène dont il a fait plusieurs toiles d’ailleurs.
Lorsque j’ai entrepris de mettre en bouteille le naufrage de l’Antoinette, je venais de visiter, à Penmarc’h l’exposition « les voyages de l’Antoinette » à l’invitation de Mr Trépos, président de l’association «Mémoire du cap ». Je connaissais déjà l’histoire de l’Antoinette à travers le livre de L. Lacroix « les derniers grands voiliers » et un article parut il y a quelques années dans le Chasse Marée. Mais le déclic se fit lorsque je vis le tableau de Lemordant à l’exposition. Un an plus tard, la même exposition eut lieu au Musée de la Pêche de Concarneau. Nouveau déclic, le sujet avait inspiré un peintre contemporain. Il était plus que temps d’agir. Je me mis au travail et réalisai une première scène du naufrage qui orne maintenant le salon d’un des descendants de l’armement Simon et Duteil alors propriétaire de l’Antoinette. Peu de temps plus tard, j’ai remis la même histoire en bouteille, cette fois avec Lemordant en train de peindre le naufrage. La mise en bouteille se fit cette fois devant de très nombreux témoins, des téléspectateurs car la chaîne de télévision FR3 vint à mon domicile pour réaliser une émission consacrée à mes bouteilles. Pour la première fois la télévision filmait la mise en bouteille d’un naufrage !

Copenhague


Copenhague fut lancé en 1921. Ce fut le dernier voilier au monde à porter le gréement de cinq mâts barque. A l’époque, il ne restait que deux cinq mâts à flots : France II et Potosi.
Copenhague n’était pas un voilier de commerce. C’était un navire école destiné à la formation des futurs officiers de la marine danoise. Il était équipé d’un moteur auxiliaire et ses aménagements spacieux lui permettaient d’accueillir jusqu’à 79 personnes.
Le 14 décembre 1928, Copenhague quittait Rio de la Plata pour Melbourn avec 75 personnes à bord. 8 jours plus tard, il signala sa position à un vapeur au large de Tristan Da Cunha. Depuis on n’eut plus de nouvelles de lui. Il disparut corps et bien, peut-être victime d’un iceberg. Plusieurs personnes affirmèrent par la suite l’avoir aperçu toutes voiles dehors, entretenant ainsi une rumeur selon laquelle on avait à faire à un bateau fantôme.
Ultérieurement, la découverte de débris appartenant au bateau, et d’un message dans une bouteille ne devaient laisser aucun doute quant à la fin tragique du Copenhague.
Je disposais d’assez de photos et de documents pour mettre en bouteille en tel voilier. Mais je dus attendre pas mal d’années avant de trouver un flacon digne d’un tel bateau. Ce fut un magnum de whisky de 4,5 litres qui fit l’affaire.

Cinq mâts France I en broche


Cette fois, pour mettre en bouteille le 1er cinq mâts barque de l’histoire, je n’ai pas choisi de le mettre dans une grande bouteille, çà je l’ai déjà fait, mais dans une fiole de médicament de 5 cm de long, c’est une autre histoire, une histoire d’asthme dont j’ai souffert pendant des années. J’étais tout simplement allergique à de petites bestioles appelées acariens. On me désensibilisa en m’injectant par petites doses des extraits d’acariens contenus dans la fameuse fiole. Bien, vous connaissez la suite…. En partie seulement car pour réaliser un bateau aussi petit, il m’a fallu assembler le voilier pièce par pièce à l’aide d’un petite pince réalisée à cet effet, au lieu de le rentrer en entier, la mâture et la voilure couchée et le déplier en tirant sur des fils, comme je procède habituellement. Bien sûr, à cette échelle le bateau est beaucoup moins détaillé. Il en reste la silhouette bien reconnaissable. De cette petite bouteille, collé sur un support en acajou j’en ai fait une broche, un bijou que je porte à ma casquette lorsque je fais des démonstrations de mise en bouteille de bateaux pendant les grandes fêtes maritimes.
Mais l’histoire du 5 mats France ?
Dès 1888 Antonin Bordes, qui à l’époque possédait la plus grande société d’armement du monde avait déjà songé à faire construire un voilier pouvant porter 6000 tonneaux et gréant 5 mats. C’est le 2 septembre 1890 que France fut lancé à Glasgow.
Sa première traversée de Barry Docks en Angleterre à Rio de Janeiro ne se fit qu’en 32 jours. A son 2ème voyage, il fit le parcours Shields-Valparaiso en 71 jours, bref, c’était un bon marcheur. Dans la nuit du 25 décembre 1897, il faillit être coupé en 2 par un croiseur britannique alors qu’il était au mouillage sur rade à Dungeness, l’officier de quart du croiseur avait bien vu les feux de poupe et de proue du France, mais vu leur écartement il crut passer entre 2 bateaux plus petits. L’abordage fut évité de justesse mais il y eut quelques avaries néanmoins. Bien que l’abordeur fût dans son tort, l’amirauté britannique refusa de reconnaître sa responsabilité.
Le 22 mai 1901, un télégramme envoyé aux armateurs signalait qu’un voilier espagnol avait aperçu France à moitié chaviré au large de la Plata par 34°S et 48°W. L’inquiétude dura quelques semaines, lorsque l’on apprit que l’équipage avait été sauvé parle quatre mâts allemands Hebé et débarqué à Valparaiso.
En fait, le 10 mai, le France fut assailli par un pampéro qui le coucha. Le chargement ripa et le voilier prit une gîte de 45 ° et resta engagé. La situation empirant, le Hebé étant à proximité, son capitaine envoya ses baleinières, malgré un vent de force 8,et recueillit les 45 hommes d’équipage du France.