
Ce quatre mâts carré fut construit en 1877 à Glasgow pour l’armement R.et J. Craig, plus tard regréé en quatre mats barque. En 1911, il fut vendu comme ponton en Argentine. Pour combler les vides causés par les sous-marins allemands pendant la guerre de 14-18, il fut regréé et navigua sous pavillon français sous le nom de Carmen. En 1920, il fut transformé en vapeur puis vendu à un armement estonien qui l’appela Nemrac.
En 1940, il devint italien et changea encore de nom : Amicizia.
En 1945, il fut coulé à Hambourg lors d’un bombardement, et ce n’est qu’en 1947, alors qu’il avait 70 ans qu’il fut renfloué puis démoli.
Pas de doute, à l’époque on construisait solide, en France le Belem est un autre exemple de remarquable longévité puisque lancé en 1896, il navigue encore.
J’ai choisi de construire ce voilier à cause de son gréement de 4 mats carré, relativement fréquent en Angleterre, à cette époque, mais peu fréquent en France. De plus, un ami m’ayant offert un morceau d’ébène, c’était pour moi l’occasion d’essayer un nouveau matériau. J’ai donc taillé la coque avec l’ébène, le gaillard, la dunette, les roofs, canots, et autres apparaux de pont ont été réalisés en os de bœuf, matériau que j’utilise couramment pour réaliser des bijoux inspirés des scrimshaws des baleiniers. Le pont du voilier a été découpé dans du placage de bois à grain fin, d’une chute récupérée chez un ami ébéniste. Depuis, j’ai réalisé d’autres bateaux en utilisant de tels matériaux. Je pense que par la suite, le Belem, vu ses couleurs, pourrait bien se prêter à un tel travail. Faute d’ébène, j’ai trouvé en Irlande du chêne fossilisé dans les tourbières, appelé bog-oak. Même densité, même grain, et j’ai un stock assez important. Encore un beau projet pour l’hiver
Photo 668 Thomas Lawson
Des voiliers avec un gréement étrange il y en eut et celui-là effectivement est une exception, c’est le seul voilier ayant gréé sept mâts, comment les appeler, la notion d’artimon et de misaine n’existe plus, on les appelait comme les jours de la semaine : lundi mardi mercredi……et dimanche. Cette goélette à sept mâts, absolument inélégante, s’appelle Thomas Lawson. C’est un voilier qui transportait du pétrole, on en a eu en France comme le quatre-mâts Quevilly. Là c’est une goélette qui n’a pas pu faire une traversée complète de l’Atlantique puisqu’elle s’est perdue par échouage sur les côtes des îles Scilly en 1911.
Il peut paraître étonnant qu’un voilier de près de 126 m le long même gréé en goélette n’ait eu qu’une quinzaine d’hommes d’équipage. Il est vrai qu’on en manquait à cette époque où l’on préférait naviguer un peu plus confortablement sur des navires à vapeur. Or c’est précisément la vapeur qui allait donner un sursis à ces grandes goélettes à 5,6,ou même 7 mâts pour hisser ces énormes voiles à corne, on utilisait des treuils à vapeur. C’est ainsi que certaines de ces goélettes ont survécu jusqu’aux années 30. Thomas Lawson, malgré son grand déficit sur le plan de l’esthétique, était un modèle unique, ce qui pour moi était une raison suffisante pour la mettre en bouteille. J’avais déjà mis une « Thomas Lawson » en bouteille à bord de « la Fleur de Lampaul » en escale à Douarnenez, lors du tournage d’une émission « jeunes marins reporters » pour la télévision (la cinq).
La mise en bouteille d’un tel voilier ne présente guère de difficultés, vu l’absence de voiles carrées. Le plus difficile est tout de même de trouver une bouteille d’une longueur et d’une hauteur suffisante.
Dans ce cas il s’agissait d’une bouteille de 3L de vodka irlandaise dont je ne fis jamais usage. Je préfère les malts écossais de la Speyside ou de Campbelltown, ou alors les Blackbush, les Redbreast, et les vieux Jameson de ma seconde patrie, l’Irlande, et encore sans trop en abuser si l’on ne veut pas mettre un naufrage en bouteille. Ma devise n’est-elle pas : « qu’importe l’ivresse pourvu qu’on aie le flacon ! »